Gens

Le hameau de Grise Fiord compte 130 résidents permanents en décembre 2016. Comme plusieurs autres sites éloignés dans le monde, nous avons notre propre dialecte, une variante de la langue inuktitute qui découle de la déportation de nos familles fondatrices en 1953. Il s’agit d’une combinaison des dialectes du Nord québécois et de la langue Tununirqmiut (Nord-de-Baffin). La langue inuite (« inuktut » — qui comprend les langues inuktitute et inuinnaqtun), l’anglais et le français sont les trois langues officielles du Nunavut. L’anglais est devenu la principale langue d’information utilisée dans la plupart des foyers ici. Malheureusement pour la préservation de la langue inuite, la langue anglaise a été utilisée de plus en plus régulièrement au cours des 65 dernières années.

Jusqu’en 1970, la plupart des Inuits de l’Arctique canadien n’utilisaient pas de nom de famille. Par exemple, la famille Aqiatushuk comprenant Paddy, Isa, Akiatashak (1953), Akeeagok (1958), Ningyou (1960), Paulasie (1953) et Peeyameenee (1962). Le seul membre de cette famille qui portait un deuxième nom était Tookeekee Kiguktak (1964). Puis, en 1970, Abraham Ookpik s’est rendu dans chaque foyer inuk pour instaurer l’utilisation de noms de famille. À Grise Fiord, chaque personne s’est vue attribuer un nom de famille de son choix. Certains ont choisi d’utiliser des noms de baptême. Larry Audlaluk est devenu Larry Akeeatushuk Audlaluk, Paulasie est devenu Paulasie Nungaq, Akeeagok est devenu Gamaliel Akeeagok, Ningyou a utilisé le nom de son père pour devenir Ningyou Killiktee, et Peeyameenee est devenu Abraham Pijamini. Tookeekee, l’exception locale, a simplement utilisé le même nom qu’il avait toujours porté, Tookeekee Kiguktak.

Certaines personnes de Grise Fiord estiment avoir un rôle important à jouer dans la protection des frontières du Canada dans l’extrême nord. Le territoire le plus proche du Pôle Nord est le Nunavut, au Canada. Grise Fiord est situé à quelque 943 milles (1517 km) du Pôle. En vertu des lois internationales, aucun pays ne possède le Pôle Nord ou la région de l’océan Arctique qui l’entoure. Le Canada est une des cinq nations côtières de l’Arctique — avec les États-Unis, la Russie, la Norvège et le Danemark (par le Groenland) — qui se disputent actuellement la propriété des ressources du plateau continental situé sous l’océan Arctique. Bien que le Groenland fasse partie du royaume du Danemark, la plupart des Inuits de cette partie du Canada estiment que leurs racines ancestrales remontant aux Inuits du Groenland sont plus fortes que les frontières internationales. Ils perçoivent ces peuples comme des voisins et non comme des étrangers. Dans un monde circumpolaire plus parfait, les Inuits du Canada, du Groenland, de la Russie et de l’Alaska aboliraient leurs frontières.

Le nom de Grise Fiord, en langue inuktitute, est « Aussuittuq », nom qui signifie « lieu qui ne fond jamais ». Un interprète travaillant pour le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest a instauré ce nom en langue inuktitute en 1973. Mais, parce que les résidents de Grise Fiord n’ont pas eux-mêmes choisi ce nouveau nom, certaines personnes continuent de refuser de le reconnaître.

Le nom anglais de Grise Fiord était norvégien à l’origine. Le mot « grise » signifie « porc » en langue norvégienne. Le célèbre explorateur Otto Sverdrup avait nommé cet endroit « Fiord du porc » en 1899 à cause des bruyants sons de ronflement émis par les troupeaux de morses, qui évoquaient le geignement des porcs.

L’expédition de Sverdrup de 1898-1901 a cartographié les côtes ouest et est de l’île d’Ellesmere et a découvert l’île Axel Heiberg, l’île Amund Ringnes et l’île Ellef Ringnes. À l’origine, il souhaitait cartographier les accès septentrionaux du Groenland, mais les conditions difficiles de la glace à Kane Basin l’en ont empêché. Sverdrup passa donc l’hiver à l’île Pim, pour ensuite aller explorer l’île d’Ellesmere. Il nomma un petit fjord du nom de son bateau, le « Fram », après avoir été forcé d’y trouver refuge. Harbour Fiord est devenu le deuxième site où il passa l’hiver. À l’automne de 1899, Sverdrup fit plusieurs « courtes incursions » pour explorer la région. Une de ces expéditions le mena à plus de 100 kilomètres du lieu qui s’appelle aujourd’hui Boat Fiord. Pendant son absence à l’occasion de cette expédition, un des membres de son équipage perdit la vie à cause d’une maladie. La croix de sa sépulture est érigée à Harbour Fiord. Les cartes préparées par Otto Sverdrup étaient si précises qu’on les utilisa jusqu’en 1956.

Les Inuits ont survécu et ont prospéré dans les difficiles conditions de l’Arctique en faisant de la chasse et de la récolte de la faune, en construisant des igloos, en utilisant des attelages de chiens, des kayaks, en utilisant les peaux d’animaux pour se confectionner des vêtements chauds pour l’hiver — et en enseignant toutes ces compétences à leurs enfants. La sagesse des ancêtres inuits s’est transmise aux nouvelles générations et continue d’être très importante aujourd’hui. Il est vrai que les Inuits ont des noms très précis pour les divers types de neige. Les compétences traditionnelles, telles que le jeu du tambour, le chant de gorge, la confection de vêtements d’hiver et la construction d’igloos sont aujourd’hui enseignés à l’école. Depuis l’ouverture de l’école fédérale à Grise Fiord, en 1962, le mode de vie traditionnel fondé sur la chasse et la cueillette a été graduellement supplanté par une économie fondée sur le salaire. Les motoneiges ont fait leur arrivée en 1967 et on cessa, dès 1969, d’utiliser les attelages de chiens. Certaines traditions inuites sont aujourd’hui encore très présentes, dont l’utilisation de l’équipement de chasse traditionnel, le harpon, la tête de harpon, le qamutik (traîneau), l’ulu (le couteau de femme), les bottes en peau (kamiks) et les vêtements en peau pour assurer chaleur et protection.

Le régime alimentaire inuit traditionnel est aujourd’hui combiné à des articles achetés à l’épicerie, mais la chasse se poursuit ici toute l’année. Au printemps et en été, on chasse le caribou de Peary, le narval et le morse, et on pêche l’omble de l’Arctique dans le détroit de Jones. La chasse au phoque est constante et fournit un apport alimentaire naturel important à une saine alimentation familiale. Parfois surnommé le Roi de l’Arctique, « Nanuk », l’ours polaire est chassé en respectant des quotas. On chasse également le bœuf musqué, le grand survivant de la « mégafaune » du Pléistocène, à la dernière ère glaciaire.

De 1953 à 1970, le tourisme n’existait pas ici. Aujourd’hui, les touristes apprécient l’ensoleillement de 24 heures et le soleil de minuit. Qui que vous soyez, les visiteurs sont toujours bienvenus ici. Ils constatent rapidement à quel point notre communauté est tissée serrée. Elle est également très hospitalière! À Grise Fiord, nous vous accueillons à bras ouverts et nous vous invitons à venir participer à notre Journée annuelle du Nunavut, dans le cadre des célébrations du 9 juillet!

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